Témoignage de Michel D.

Je suis marié et père de quatre enfants. Je viens de fêter mes 58 ans.

Depuis 6 à 7 mois, j’ai des difficultés pour mes selles, parfois des saignements, mais surtout, un besoin quasi permanent d’aller aux toilettes. 6 juin, coup de tonnerre. Tout vacille, et se confirme le lendemain, j’ai un cancer du rectum.

Quelle détresse, quelle peur, c’est l’incompréhension, mon corps tremble de façon incontrôlée. Les pleurs, les sanglots… Tout passe dans la tête : l’épouse, les enfants, la vie, le devenir de tous, le mien,… Il n’y a rien d’autre à faire que de se soigner.

Un immense capital de sympathie, d’amour, me vient de partout : mon épouse, bien sûr, mes enfants (formidables), même la découverte de nouveaux amis.

J’ai la chance de rencontrer un chirurgien qui est un homme très humain, qui me parle et me présente à une stomathérapeute.

Pour moi, une stomie, des irrigations, c’est le monde de l’inconnu, c’est le jargon médical. Très vite, avec les mots justes, le sourire, une force tranquille, une réelle disponibilité, elle m’apprivoise. Je prends confiance en la qualité de ma stomathérapeute ou praticienne.

On arrive à l’opération, c’est toujours la grande angoisse mais on décide de l’emplacement de la stomie afin de gérer au mieux la vie future.

Après l’opération et la reprise de conscience, à nouveau la peur. Comment vais-je en sortir, la crainte de toucher, de regarder,… que d’interrogations ! On me remet une revue, très bien faite répondant à la plupart de mes questions. Cela me donne confiance. Par ailleurs, la stomathérapeute est toujours disponible, confiante, rassurante, encourageante. Il y a aussi le regard du conjoint qui inquiète : ne va-t-elle pas s’écarter, être dégoûtée ? Elle m’aide, elle m’encourage, elle fait en sorte que tout paraisse normal.

J’ai maintenant 59 ans. Je vis avec ma stomie depuis 15 mois et je suis très très bien. Je continue mon travail et n’ai pratiquement rien changé à mes habitudes de vie : boire, manger, prendre une douche, vie de couple, vie sociale, amis,…

Une de mes inquiétudes était la suivante : allais-je le dire facilement à quelques proches ou serais-je gêné et honteux de cette situation. J’ai failli écrire « handicap » mais je préfère le terme « situation » ou « modification ». Il est plus juste car cela handicape tellement peu. Bien sûr, il en faut, au début, du courage, de la persévérance. Il faut garder la foi et, à chaque échec, repartir. Il y a des accidents, des moments de détresse, des découragements, des pleurs. Il faut se dire que « c’est comme ça, un point c’est tout ». Et puis, il y a les irrigations, avec aussi des échecs, mais quelle délivrance quand cela marche !!! On se sent léger, dynamique, enthousiaste, libre pendant au moins une journée de vivre tout-à-fait normalement.

Je parle très facilement de ma stomie. Cela m’évite de m’excuser et j’ai, en retour, un immense capital de sympathie. C’est même merveilleux et étonnant. Et puis, et c’est ma conclusion, c’est si bon de vivre que cela n’a que peu d’importance… Bon courage à tous.

Amicalement, Michel D.

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